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Madjimta s'installa à côté du vieux et, curieuse, lui demanda de raconter. "Dans le village de Nangkassa habitaient un homme, Tora, et ses trois fils.Ils quittèrent tous les quatre leur case et prirent le chemin de la brousse.
L'aîné, le plus vigoureux, s'appelait Sangar,
le cadet, Masra
et le plus jeune, haut comme un sac de mil, se nommait Louba.
Ce jour là était le jour de la chasse. Leur mère, Sari, dont la peau luisante reflétait au soleil, avait préparé un sac de nourriture, très tôt le matin.
Ce sac contenait de la viande séchée, du pain de mil, une gourde d'eau et quelques mangues.
Tora et Sangar, dont les muscles ressortaient, tenaient chacun une sagaie, "Ningueu", Masra portait un couteau de jet, "Myeun", sur son épaule et Louba, que l'on voyait toujours souriant, se chargeait de transporter le sac à provisions.

Au fait Madjimta, connais-tu maintenant ta récitation d'homme blanc ?Enfin, les villageois approchaient de la brousse.
-"Euh... ! Non, kaï Ngarwalé. Mais je te promets de l'apprendre dès que tu auras fini ton histoire."
La petite, dont le sourire faisait ressortir ses dents nacrées, avait répondu le plus gentiment du monde.
- "C'est entendu, je continue.
Les chasseurs encouragèrent le petit et poursuivirent leur route.
Désormais, ils quittaient le village.
Le soleil ardent les rendait trempés de sueur, de grosses gouttes dégoulinaient sur leurs nez aplatis, et le sol chaud brûlait leurs pieds nus.
Lorsqu'ils arrivèrent près des champs, le jeune Louba rencontra son ami Alyo.
Ce garçon qui comprenait bien la culture de la terre, avait un jour planté des bonbons en espérant voir apparaître de jeunes pousses qui deviendraient plus tard des "bonbonniers".
Ah... ! (le vieux bailla tout en parlant), les qua...tre ré...fu...giés m....."De chaque côté du refuge surgirent deux lions, dont les longs poils tombaient sous le poids de la pluie et atteignaient presque le sol ; puis un troisième apparut.- "Kaï Ngarwalé !" cria Madjimta. "Ce n'est pas le moment de t'endormir.
Raconte-moi l'histoire jusqu'au bout."
Le vieux venait de s'assoupir.
Le cri de la petite fille le fit sursauter.
Il écarquilla ses yeux qui étaient devenus un peu rouge et dit :
- "Où en étais-je ?"
Après avoir réfléchi quelques secondes, il repris :
- "Ah, oui ! Les voilà qui dégustaient tranquillement les mangues bien mûres dont le jus dégoulinait sur leurs mentons.
Tous quatre restaient tête baissée et ne lâchait des yeux le délicieux fruit.
Dehors, il pleuvait toujours autant.
Soudain,
le père entendit un petit bruit provenant des feuillages situés près de l'abri,
alors il releva sa tête.
Ils pouvaient devenir féroces, plus forts, pour tuer des animaux voire des hommes dont ils souhaitaient se venger.- "Ecoute Louba. Va nous chercher un peu de bois pour que nous puissions faire du feu. La nuit commence à tomber, il faudrait éclairer cette pièce et nous réchauffer." Louba qui n'avait pas compris la ruse du père répondit : - "Non ! Papa, je ne veux partir sous la pluie et puis de toute façon le bois est mouillé dehors. En plus, il ne fait même pas froid ici." (Ngarwalé imitait admirablement les voix de chaque personnage). Le père insista, mais le petit refusa de sortir. Il préférait rester avec les lions qui ne l'effrayaient plus désormais. Ils paraissaient calmes et inoffensifs. Louba ne se souciait guère du danger. Alors, Tora demanda à son fils cadet :-"Kaï Ngarwalé, qu'est-il advenu du petit Louba ? demanda Madjimta l'air inquiète. -" On n'en a plus jamais entendu parler.- "Masra, toi, veux-tu nous rapporter du bois ?Le petit qui n'avait toujours pas saisi et qui désobéissait sans arrêt répondit :
- "Oui Papa".
Le brave enfant compris immédiatement le danger qui s'exprimait à travers le regard de son père et il obéit.
Il fuit sous la pluie et ne revint pas.
Les lions qui étaient sur le point de s'assoupir jetaient de temps en temps un regard furtif sur les trois chasseurs.
C'est alors qu'un peu plus tard, Tora dit à Sangar :
- "Mon fils, va donc voir ce que fait ton frère.
Ce n'est pas normal, il n'est toujours pas revenu. Il a certainement besoin d'aide. L'aîné, obéissant, partit aussitôt et ne réapparut plus.
Le père jouait tellement bien le jeu que les trois animaux ne percevaient pas sa ruse.
Il faisait nuit noire, quand Tora dit à son troisième fils :
-" Louba, je ne sais pas ce que font tes grands frères mais je commence à m'inquiéter.
Cours donc voir pourquoi ils mettent autant de temps pour aller chercher du bois.
-" Papa, je veux rester là. Masra et Sangar vont bien finir par revenir.L'homme, après avoir jeté un dernier regard sur son fils, s'enfuit dans la brousse.
Le père insista :
-" Tu ne veux vraiment pas partir à leur recherche." -" Non... !!!" Répliqua Louba. - " Bon, je m'en vais les chercher !" affirma Tora.
Un léger sourire se dessina sur le visage du garçon, qui voyait son père disparaître sous la pluie.
Tora laissa son enfant entre les mains des hommes-lions et ne revint jamais.
Le vieux Ngarwalé observa le soleil couchant, couleur de braise, devant lequel cheminaient quelques nuages fins qui disparaissaient progressivement ; puis le vieux se mit à bailler.
La fillette se pencha sur le front de l'ancien et l'embrassa en lui murmurant "Ndog-rang"(un autre jour, au revoir).